Sur les contreforts du Forez, au débouché d’une vallée encaissée, celle du ruisseau de Gourre ou de Nouara, le moulin de Nouara domine la vallée d’Ambert et fait face au Livradois depuis le XVIe siècle au moins.

Cet ancien moulin à papier, l’une des grosses manufactures des vallées ambertoises au XVIIe et XVIIIe siècles, a connu de nombreuses vies au cours des siècles. Un premier moulin est mentionné sur le site vers 1450, puis au tournant des XVIe et XVIIe siècles un moulin à papier est attesté appartenant à la famille Joubert. Il entre aux mains de la famille Gourbeyre en 1627 par le jeu d’un mariage et ne quittera la famille qu’en partie au XIXe siècle. Des descendants possèdent encore une grange-étable sur le site.

Le XIXe siècle lui a apporté les premiers grands bouleversements avec l’installation d’une meunerie indépendante, la destruction du manoir du XVIe siècle pour que soit construite une ferme en 1895 et 1897, la fin de la papeterie à la main avec l’installation d’une machine à papier. Puis la fin définitive de la papeterie au tout début du XXe siècle et l’installation d’une fabrique de lacets vers 1899-1900, et plus tard d’une usine à galvanoplastie dans les années 1920-30. Vers 1940, un autre des bâtiments est détruit et remplacé par une usine de boulonnerie et mécanique générale. Au milieu du XXe siècle, un coup de jeunesse lui est apporté, avec l’achat par une association du bâtiment emblématique du moulin, plus généralement appelé vieux moulin. Le site va dorénavant accueillir une colonie de vacances, et des milliers d’enfants de Normandie viendront en vacances dans nos montagnes. La colonie achètera quelques années plus tard trois autres bâtiments et des terres ayant constitué ce moulin.

L’aventure de la colonie s’achève avec le début des années 2000. Les lieux sont entretenus tant bien que mal avec fort peu de moyens. En 2015, une fondation d’entreprise, créée par un industriel fabricant de câble ambertois amoureux de son pays et de son patrimoine, rachète à la colonie les quatre bâtiments du moulin de Nouara. Un nouveau projet voit le jour avec Xavier Omerin et la Fondation Omerin.

L’histoire d’une renaissance annoncée de moulin est belle, mais elle devient incroyable lorsque l’on apprend que sans le savoir, cet industriel a acheté au travers de sa fondation la première entreprise fondée par son arrière-arrière-grand-père, la meunerie de la fin du XIXe siècle, celle d’où tout est parti pour la famille Omerin, entrepreneurs de père en fils ou en fille.

Quel est donc le projet ?

La Fondation d’entreprise Omerin s’est donnée pour objectif la réhabilitation du moulin de Nouara et du mécénat dans les domaines culturels, patrimoniaux et caritatifs. Une cinquantaine de projets d’associations ont été soutenus en 2017.

Le programme de réhabilitation devait donc s’engager dans une voie culturelle et patrimoniale. Mais pour le faire vivre et permettre l’entretien des bâtiments, un volet location est indispensable. Nous nous sommes appuyés sur un bilan des besoins touristiques et culturels pour établir le projet. Et nous comptons travailler avec les structures et associations locales pour participer à la politique culturelle du bassin.

Voici comment l’ensemble s’articule : d’un côté les infrastructures culturelles avec un auditorium, un atelier d’artiste pour des résidences, le moulin à farine que l’on espère faire fonctionner lors de manifestations telles que des fêtes du patrimoine, de l’autre côté les salles et les hébergements (chambres d’hôtel et gîtes), les seconds devant financer les premiers. Des animations orientées environnement complèteront les activités autour d’un verger (que l’on va replanter) ou du ruisseau.

Les travaux de réhabilitation ont débuté en février 2018, après un an d’études et sept mois d’examen de permis de construire. Les bâtiments ont souffert d’un délaissement pendant plusieurs années. La réhabilitation va tenter de garder au maximum tout ce qui est en bon état, et tout ce qui ne l’est plus sera reconstruit à l’identique. Des aménagements vont être nécessaires pour adapter les édifices à un établissement recevant public, avec des besoins de confort et des règlementations assez lourdes. Trois cent soixante mètres carrés seulement vont être créés, une galerie et un ascenseur.

Toute la partie structurelle du moulin à farine, à savoir le bief, la roue et les meules avec leurs mécanismes, vont être remis en état. Une demande de remise en eau a d’ores et déjà était envoyée à la DDT 63 au début de 2018, et nous y avons joint la « grille d’analyse de caractérisation et de qualification d’un patrimoine lié à l’eau » en mars 2018. Nous espérons que notre demande sera entendue, nous avons trois années de travaux avant le début d’exploitation ce qui nous laisse un peu de temps.